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Loire-Atlantique - Il était une fois… le lupin

Estelle Bescond, Journaliste LAA // 06.45.70.36.68
Le 02/02/2021 à 11:30 I Soyez le 1er à déposer un commentaire
Loire-Atlantique - Il était une fois… le lupin

Terrena intensifie le développement des protéines végétales pour des raisons agronomiques, sociétales et économiques. Bruno Durand, agriculteur à La Planche, n’a pas attendu pour se lancer dans la culture des légumineuses.

A La Planche, le lupin d’hiver n’a quasiment plus de secret pour le Gaec Le Coquelait. « On a tout vu, on a tout essayé ! » En plus de 25 ans, il y a eu des hauts et des bas, évidemment. « Grâce à la recherche, nous avons réussi à progresser », souligne Bruno Durand, l’un des trois associés. Pendant 3-4 ans, cette exploitation agricole a participé à des essais pour développer une filière au sein de la coopérative Terrena : variétés, méthodes de désherbage, mise en place de la culture…

Pour la campagne 2020, environ 2 540 ha de lupin d’hiver et de printemps ont été implantés par les adhérents de Terrena, dont 540 ha sur le territoire Atlantique. L’objectif pour la récolte 2021 est d’atteindre 3 720 ha dont 900 ha dans le territoire Atlantique. Et pour 2022 : 4 400 ha dont 1 200 ha ici.


Aujourd’hui, la filière Lupin La Nouvelle Agriculture est construite et offre « une multitude de débouchés : transformé en farine animale et humaine, pour la cosmétique ou encore pour la pêche. Le lupin peut remplacer les œufs en pâtisserie, par exemple. En ce moment, il y a une forte demande de protéines végétales et cela va continuer puisqu’on estime qu’en 2030, le ratio protéines animales/protéines végétales va s’inverser. Pour l’alimentation animale, le lupin pourrait aussi remplacer le soja OGM. Il possède un taux de protéines de 30-35 % minimum, supérieur à celui du pois et de la féverole », relève Hervé Graton, technicien à Terrena.

Depuis toujours, le Gaec Le Coquelait cherche à valoriser ses productions. Pour cela, il n’hésite pas à intégrer des filières spécifiques proposées par Terrena. « Nous avons environ un millier d’hectares de cultures en contrat avec des marques. Elles sont donc à très haute valeur ajoutée pour les agriculteurs. En contrepartie, les producteurs engagés doivent respecter des cahiers de charges qui tendent vers un verdissement des pratiques, comme l’allongement des rotations, la réduction de l’usage des produits phytosanitaires, etc. », explique François Lalloué, directeur territoire Atlantique à Terrena.

Au Gaec Le Coquelait, cela se traduit par l’élevage de génisses charolaises sous la marque Nouvelle Agriculture avec un prix garanti à l’année, et par la culture de blé en contrat avec les marques Lu et Harry’s. Pour élever ces 250 génisses et répondre aux exigences demandées, les trois éleveurs ont tout naturellement développé la culture des protéagineux sur leur exploitation : sur une SAU de 175 ha, il y a des céréales (blé, orge) pour l’alimentation animale, 15 ha de maïs grain, 25 ha de maïs irrigué, des prairies, une dizaine d’hectares de féverole, de la luzerne et du lupin.

La culture du lupin
Pour démarrer cette culture, « il faut avant tout avoir des sols sains, donc drainés mais pas forcément irrigués. Contrairement à ce que l’on peut croire, les racines du lupin, qui structurent le sol et vont jusqu’à 1,5 m de profondeur, ne vont pas abîmer le drainage en place », explique Bruno Durand.

Pour l’implantation derrière une céréale, « il ne faut pas qu’il y ait de débris végétaux pour lutter contre un bio-agresseur et, aujourd’hui, il n’existe pas de solution chimique », souligne Hervé Graton. Les exploitants ont donc fait un déchaumage et un labour pour éviter le développement de la mouche du semis.


Cette année, l’agriculteur a semé fin septembre 30 pieds/m2 à 2-3 cm de profondeur. « Il faut avoir un terrain régulier. Ici, on sème au pneumatique, donc en éparpillé et non en ligne. Et on ne bine pas. » Cela a une incidence sur le salissement de la parcelle, donc l’agriculteur procède à un désherbage post-semis. « Avec une bonne parcelle et un semis réussi, 80 % du boulot est fait. Si le semis est raté, c’est difficile de rattraper après. Cette plante reste neuf mois en terre, d’où l’intérêt d’être vigilant sur le choix de la parcelle », insiste Hervé Graton.

Au printemps, l’observation est la clef. Les exploitants traquent la rouille, le botrytis et l’anthracnose. En cas de présence d’une maladie à la floraison, « on peut passer un fongicide mais ce n’est pas automatique. L’an dernier, nous n’avons fait qu’un fongicide avec 2/3 de la dose. Ca protège pendant trois semaines », donc, fait au bon moment, il n’y a pas besoin d’y revenir puisqu’à cette période de l’année le temps est plus sec et les journées sont plus longues.

Quant à la récolte, elle intervient entre fin juillet et mi-août. « La moisson est facile et rapide, à 14 % d’humidité maximum », pour un rendement moyen de 25-30 qx/ha, soit l’équivalent « d’un blé à 80-90 qx/ha », évalue Hervé Graton. En effet, même si comme pour tous les protéagineux le coût de la semence est plus élevé que celui d’une céréale (dépense qui peut être compensée par l’aide du 2nd pilier de la PAC), le lupin a des avantages qui permettent de faire des économies. Le tout est de mesurer les rendements et la rentabilité économique à l’échelle d’une rotation.

En fixant l’azote de l’air et en le restituant dans le sol par ses nodosités, cette plante est un très bon précédent pour les céréales « et évite des dépenses futures ». Le lupin est peu gourmand en eau, n’est pas sujet aux ravageurs, ne germine pas sur pied et permet de diversifier son assolement « ce qui contribue à la baisse des produits phytosanitaires », précise François Lalloué.

« En plus, j’ai un prix garanti connu à l’avance donc c’est une vraie sécurité pour moi. Pour la récolte 2021, on est à 360 €/t. Par contre, c’est une culture technique, exigeante et qui demande de l’observation », ajoute Bruno Durand qui en cultive chaque année.

   

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